Retracez l’histoire d’Anthropic depuis sa fondation et ses premières recherches jusqu’au développement de Claude et aux jalons clés qui ont façonné son travail axé sur la sécurité de l’IA.

Anthropic est une entreprise de recherche et de produits en IA surtout connue pour sa famille de modèles de langage Claude. Fondée par des chercheur·e·s ayant une solide expérience des systèmes d’IA à grande échelle, Anthropic se situe à l’intersection de la recherche fondamentale en IA, des produits pratiques et du travail sur la sécurité et l’alignement de l’IA.
Cet article retrace l’histoire d’Anthropic depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui, en soulignant les idées, décisions et jalons clés qui ont façonné l’entreprise. Nous suivrons un ordre chronologique : le contexte de recherche en IA qui a précédé la fondation, les fondateurs et l’équipe initiale, la mission et les valeurs de l’entreprise, ses fondations techniques, le financement et la croissance, l’évolution produit de Claude à Claude 3.5, et son rôle dans la communauté de recherche en IA.
L’histoire d’Anthropic compte pour plus que des anecdotes d’entreprise. Dès le départ, elle a traité la sécurité et l’alignement comme des questions de recherche centrales plutôt que comme des éléments secondaires. Des concepts comme la Constitutional AI, le red‑teaming étendu et les évaluations de modèles pour la sécurité ne sont pas des projets annexes mais des composantes centrales de la façon dont Anthropic conçoit et déploie ses systèmes. Cette posture a influencé la manière dont d’autres laboratoires, décideurs politiques et clients réfléchissent aux modèles avancés.
L’objectif ici est d’offrir un compte rendu factuel et équilibré du développement d’Anthropic : ce que l’entreprise s’est efforcée de faire, comment son travail sur Claude et les outils associés a évolué, quelles directions de recherche se sont révélées déterminantes, et comment les considérations de sécurité ont façonné son calendrier et ses jalons. Ce n’est pas une brochure commerciale, mais un aperçu historique destiné aux lecteurs qui veulent comprendre comment une entreprise d’IA influente a tenté d’aligner un progrès technique rapide avec des préoccupations de sécurité à long terme.
À la fin, vous devriez avoir une image claire de l’origine d’Anthropic, de la manière dont ses priorités ont influencé ses produits et sa recherche, et de la raison pour laquelle son approche importe pour l’avenir de l’IA.
À la fin des années 2010, le deep learning avait déjà transformé la vision par ordinateur et la parole. Les réseaux convolutionnels vainqueurs d’ImageNet, les systèmes de reconnaissance vocale à grande échelle et les systèmes pratiques de traduction automatique ont montré que l’augmentation des données et du calcul pouvait débloquer de nouvelles capacités remarquables.
Un tournant clé est survenu avec l’architecture Transformer (Vaswani et al., 2017). Contrairement aux réseaux récurrents, les transformers géraient efficacement les dépendances à longue distance et se parallélisaient bien sur GPU. Cela a ouvert la voie à l’entraînement de modèles beaucoup plus volumineux sur d’importants corpus textuels.
BERT de Google (2018) a démontré que le pré‑entraînement sur du texte générique suivi d’un fine‑tuning pouvait surpasser des modèles spécialisés sur de nombreuses tâches de NLP. Peu après, la série GPT d’OpenAI a poussé l’idée plus loin : entraîner un grand modèle autoregressif unique et s’appuyer sur l’échelle et le prompt plutôt que sur un fine‑tuning spécifique par tâche.
Vers 2019–2020, les travaux sur les lois d’échelle des réseaux neuronaux ont formalisé ce que les praticien·ne·s observaient : les performances des modèles s’amélioraient de manière prédictible à mesure que les paramètres, les données et le calcul augmentaient. Des études ont montré que des modèles de langage plus grands :
GPT‑2 en 2019, puis GPT‑3 en 2020, ont illustré comment l’échelle pure pouvait transformer un modèle de texte générique en un outil flexible pour traduction, résumé, question‑réponse et plus, souvent sans entraînement spécifique par tâche.
Parallèlement à ces progrès, chercheur·e·s et décideurs se sont montrés de plus en plus inquiets quant à la manière dont des modèles de plus en plus puissants étaient construits et déployés. Les risques discutés dans les communautés techniques et politiques incluaient :
La diffusion partielle de GPT‑2, explicitement motivée par des risques d’usage abusif, a signalé que les labs leaders traitaient ces questions en temps réel.
Des groupes académiques et des ONG — comme CHAI à Berkeley, le Future of Humanity Institute, le Center for Security and Emerging Technology, et d’autres — exploraient des stratégies d’alignement, des outils d’interprétabilité et des cadres de gouvernance. DeepMind et OpenAI ont créé des équipes internes de sécurité et publié des travaux sur des sujets tels que l’apprentissage par récompense, la supervision évolutive et l’alignement des valeurs.
Au début des années 2020, la concurrence entre grands labs et entreprises tech a encouragé la mise à l’échelle rapide des modèles et des calendriers de déploiement agressifs. Les démonstrations publiques et les APIs commerciales ont montré une forte demande pour l’IA générative, attirant d’importants investissements.
En parallèle, de nombreux chercheur·e·s soutenaient que la sécurité, la fiabilité et la gouvernance ne suivaient pas le rythme des gains de capacités. Les propositions techniques pour l’alignement en étaient encore à un stade précoce, la compréhension empirique des modes de défaillance restait limitée, et les pratiques d’évaluation étaient peu développées.
Cette tension — entre la poursuite de modèles toujours plus grands et généraux et les appels à un développement plus prudent et méthodique — a défini l’environnement de recherche immédiatement précédent la création d’Anthropic.
Anthropic a été fondée en 2021 par les frères et sœurs Dario et Daniela Amodei et un petit groupe de collègues qui avaient travaillé au cœur de la recherche IA de pointe.
Dario avait dirigé l’équipe des modèles de langage chez OpenAI et contribué à des travaux influents sur les lois d’échelle, l’interprétabilité et la sécurité de l’IA. Daniela avait dirigé le travail sur la sécurité et les politiques chez OpenAI et avait auparavant travaillé en neurosciences et en recherche computationnelle, se concentrant sur le comportement et les défaillances des systèmes complexes. Autour d’eux se trouvaient des chercheur·e·s, ingénieur·e·s et spécialistes des politiques issus d’OpenAI, Google Brain, DeepMind et d’autres labs qui avaient collectivement entraîné, déployé et évalué certains des premiers modèles à grande échelle.
Entre 2020 et 2021, les grands modèles de langage étaient passés de la recherche spéculative à des systèmes pratiques influençant produits, utilisateurs et débats publics. Le groupe fondateur avait observé de près à la fois les promesses et les risques : gains rapides de capacités, comportements émergents surprenants et techniques de sécurité encore immatures.
Plusieurs préoccupations ont motivé la création d’Anthropic :
Anthropic a été conçue comme une entreprise de recherche en IA dont le principe organisateur central serait la sécurité. Plutôt que de traiter la sécurité comme une couche finale, les fondateurs voulaient qu’elle soit tissée dans la conception, l’entraînement, l’évaluation et le déploiement des modèles.
Dès le départ, la vision d’Anthropic était d’avancer les capacités d’IA de pointe tout en développant simultanément des techniques rendant ces systèmes plus interprétables, pilotables et fiables.
Concrètement, cela signifiait :
Les fondateurs y voyaient l’occasion de créer une organisation où les décisions sur la mise à l’échelle des modèles, l’exposition des capacités et les partenariats commerciaux seraient systématiquement filtrées par des considérations de sécurité et d’éthique, et non traitées au cas par cas sous la pression commerciale.
Les premières recrues d’Anthropic reflétaient cette philosophie. L’équipe initiale combinait :
Ce mélange a permis à Anthropic d’aborder le développement de l’IA comme un projet socio‑technique plutôt que comme un simple défi d’ingénierie. La conception des modèles, l’infrastructure, l’évaluation et les stratégies de déploiement étaient discutées conjointement par des chercheur·e·s, ingénieur·e·s et des membres des équipes politiques dès le départ.
La création de l’entreprise a coïncidé avec des discussions intenses au sein de la communauté IA sur la manière de gérer des systèmes en rapide montée : accès ouvert vs API restreinte, open‑source vs publications contrôlées, centralisation du calcul et risques à long terme d’une IA désalignée.
Anthropic s’est positionnée comme une tentative de répondre à l’une des questions centrales de ces débats : à quoi ressemblerait un laboratoire d’IA de pointe dont la structure, les méthodes et la culture seraient explicitement orientés vers la sécurité et la responsabilité à long terme, tout en poussant la frontière de la recherche ?
Anthropic a été fondée autour d’une mission claire : construire des systèmes d’IA fiables, interprétables et pilotables, qui bénéficient en dernier ressort à la société. Dès le départ, l’entreprise a présenté son travail non seulement comme la création de modèles capables, mais comme la manière de façonner le comportement de l’IA à mesure qu’elle devient plus puissante.
Anthropic résume ses valeurs de comportement de l’IA en trois mots : utile, honnête, non nuisible.
Ces valeurs ne sont pas des slogans marketing ; elles servent d’objectifs d’ingénierie. Les données d’entraînement, les suites d’évaluation et les politiques de déploiement sont toutes façonnées pour mesurer et améliorer ces trois dimensions, et pas seulement la capacité brute.
Anthropic traite la sécurité et la fiabilité de l’IA comme des contraintes de conception primaires, et non comme des éléments secondaires. Cela s’est traduit par des investissements importants dans :
Les communications publiques de l’entreprise insistent régulièrement sur les risques à long terme des systèmes d’IA puissants et sur la nécessité d’un comportement prévisible et inspectable.
Pour opérationnaliser ses valeurs, Anthropic a introduit la Constitutional AI. Plutôt que de compter uniquement sur le feedback humain pour corriger le comportement des modèles, la Constitutional AI utilise une « constitution » écrite de principes de haut niveau — s’appuyant sur des normes largement acceptées comme les droits humains et des lignes directrices générales de sécurité.
Les modèles sont entraînés à :
Cette méthode met à l’échelle la supervision d’alignement : un ensemble de principes bien choisis peut guider de nombreuses interactions d’entraînement sans nécessiter que des humains notent chaque réponse. Elle rend aussi le comportement du modèle plus transparent, puisque les règles gouvernantes peuvent être lues, débattues et mises à jour au fil du temps.
La mission et l’orientation sécurité d’Anthropic influencent directement les directions de recherche poursuivies et la manière dont les produits sont lancés.
Côté recherche, cela signifie prioriser des projets qui :
Côté produit, des outils comme Claude sont conçus avec des contraintes de sécurité dès l’origine. Le comportement de refus, le filtrage de contenu et les prompts système fondés sur des principes constitutionnels sont traités comme des fonctionnalités produit essentielles et non comme des ajouts. Les offres pour entreprises insistent sur l’auditabilité, des politiques de sécurité claires et un comportement prévisible du modèle.
En liant sa mission à des choix techniques concrets — comportement utile, honnête et non nuisible ; méthodes d’entraînement constitutionnelles ; interprétabilité et recherche sur la sécurité — Anthropic a orienté son histoire et son évolution autour de la question de l’alignement des systèmes d’IA de plus en plus puissants avec les valeurs humaines.
Dès ses premiers mois, Anthropic a abordé la recherche sur la sécurité et les capacités comme un seul et même programme. Les premiers axes techniques de l’entreprise se regroupent en quelques courants principaux.
Une grande part de la recherche initiale a examiné comment les grands modèles de langage se comportent sous différentes invites, signaux d’entraînement et contextes de déploiement. Les équipes ont sondé systématiquement :
Ce travail a conduit à des évaluations structurées de « l’utilité » et de la « non‑nocivité », et à des benchmarks internes suivis pour mesurer les compromis entre ces deux dimensions.
Anthropic s’est appuyée sur le reinforcement learning from human feedback (RLHF), mais y a ajouté ses propres variantes. Les chercheur·e·s ont expérimenté :
Ces efforts ont alimenté les travaux initiaux sur la Constitutional AI : entraîner des modèles à suivre une « constitution » écrite plutôt que de dépendre uniquement des préférences humaines. Cette approche visait à rendre l’alignement plus transparent, auditable et cohérent.
Un autre pilier précoce a été l’interprétabilité — tenter de voir ce que les modèles « savent » en interne. Anthropic a publié des travaux sur les caractéristiques et les circuits dans les réseaux neuronaux, sondant comment des concepts sont représentés à travers les couches et les activations.
Bien que ces études restent exploratoires, elles ont établi une base technique pour des projets ultérieurs d’interprétabilité mécaniste, et ont signalé que l’entreprise prenait au sérieux l’ouverture des « boîtes noires ».
Pour soutenir tout cela, Anthropic a investi massivement dans les évaluations. Des équipes dédiées ont conçu des invites adversariales, des tests de scénarios et des contrôles automatisés pour déceler les cas limites avant que les modèles ne soient largement déployés.
En traitant les cadres d’évaluation comme des artefacts de recherche à part entière — itérés, versionnés et publiés — Anthropic s’est rapidement forgé une réputation dans la communauté IA pour une méthodologie disciplinée, axée sur la sécurité et étroitement intégrée au développement des modèles Claude de plus en plus capables.
La trajectoire d’Anthropic a été marquée tôt par des financements inhabituellement importants pour une jeune société de recherche.
Les rapports publics décrivent une phase d’amorçage en 2020–2021, suivie d’un important tour de série A en 2021 d’environ 100 M$+, qui a donné à l’équipe fondatrice les moyens d’embaucher des chercheur·e·s centraux et de lancer de sérieux entraînements de modèles.
En 2022, Anthropic a annoncé un tour de série B beaucoup plus grand, rapporté autour de 580 M$. Ce tour, soutenu par un mélange d’investisseurs technologiques et de capitaux liés à la cryptomonnaie, a permis à l’entreprise de rivaliser à la pointe de la recherche IA à grande échelle, où les coûts de calcul et de données sont extrêmement élevés.
À partir de 2023, le financement s’est orienté vers des partenariats stratégiques avec de grands fournisseurs cloud. Des annonces publiques ont mis en avant des cadres d’investissement de plusieurs milliards de dollars avec Google et Amazon, structurés autour à la fois d’investissements en actions et d’engagements profonds en cloud et matériel. Ces partenariats combinaient capital et accès à de larges infrastructures GPU/TPU.
Cet afflux de capitaux a permis à Anthropic :
L’entreprise est passée d’un petit groupe fondateur — majoritairement d’anciens chercheur·e·s et ingénieur·e·s d’OpenAI — à une organisation croissante couvrant plusieurs disciplines. À mesure que les effectifs ont atteint plusieurs centaines (selon les reportings publics), de nouveaux rôles sont apparus au‑delà de la recherche ML pure.
Le financement a permis à Anthropic d’embaucher :
Ce mélange signalait qu’Anthropic considérait la sécurité de l’IA non seulement comme un thème de recherche, mais comme une fonction organisationnelle nécessitant ingénieur·e·s, chercheur·e·s, juristes, spécialistes des politiques et communicant·e·s travaillant ensemble.
Avec l’accroissement des financements, Anthropic a eu la capacité de poursuivre à la fois la recherche de long terme sur la sécurité et des produits à court terme. Initialement, la quasi‑totalité des ressources était consacrée à la recherche fondamentale et à l’entraînement de modèles de base. Avec les tours ultérieurs et les partenariats cloud stratégiques, l’entreprise a pu :
Le résultat a été un passage d’une petite équipe fondatrice axée sur la recherche à une organisation plus structurée, capable d’itérer sur Claude comme produit commercial tout en continuant d’investir fortement dans la recherche critique pour la sécurité et la gouvernance interne.
Claude a été la principale ligne de produits d’Anthropic et le visage public de sa recherche. Des premières versions sur invitation à Claude 3.5 Sonnet, chaque génération a visé à augmenter les capacités tout en resserrant la fiabilité et la sécurité.
Les premières versions de Claude, testées avec un petit groupe de partenaires en 2022 et début 2023, étaient conçues comme des assistants textuels polyvalents pour la rédaction, l’analyse, le codage et la conversation. Ces modèles ont mis en évidence l’accent d’Anthropic sur la non‑nocivité : des refus plus cohérents sur les requêtes dangereuses, des explications plus claires des limites, et un style conversationnel privilégiant l’honnêteté plutôt que la persuasion.
Parallèlement, Anthropic a poussé la longueur de contexte, permettant à Claude de travailler sur de longs documents et des conversations multi‑étapes, utile pour la synthèse, la revue de contrats et les workflows de recherche.
Avec Claude 2 (mi‑2023), Anthropic a élargi l’accès via l’application Claude et les APIs. Le modèle s’est amélioré pour la rédaction structurée, le codage et le suivi d’instructions complexes, tout en offrant de très longues fenêtres de contexte adaptées à l’analyse de fichiers volumineux et d’historiques de projet.
Claude 2.1 a affiné ces progrès : moins d’hallucinations sur des tâches factuelles, meilleur rappel dans les longs contextes et comportement de sécurité plus constant. Les entreprises ont commencé à utiliser Claude pour la rédaction de support client, l’analyse de politiques et comme assistants de connaissance internes.
La famille Claude 3 (Opus, Sonnet, Haiku) a introduit des sauts importants en raisonnement, des paliers de vitesse et des entrées multimodales, permettant aux utilisateurs d’interroger non seulement du texte mais aussi des images et des documents complexes. Des fenêtres de contexte plus grandes et une meilleure adhérence aux instructions ont ouvert de nouveaux cas d’usage en analytique, développement produit et exploration de données.
Claude 3.5 Sonnet (sorti mi‑2024) a poussé cela plus loin. Il a offert des qualités de raisonnement et de codage proches du haut de gamme à un niveau de prix intermédiaire, avec des réponses plus rapides adaptées aux produits interactifs. Il a aussi nettement amélioré l’usage d’outils et les sorties structurées, facilitant l’intégration dans des workflows s’appuyant sur l’appel de fonctions, des bases de données et des APIs externes.
À travers les versions, Anthropic a associé les gains de performance à un renforcement de la sécurité et de la fiabilité. La Constitutional AI, le red‑teaming étendu et les évaluations systématiques ont été mis à jour à chaque sortie pour maintenir le comportement de refus, les protections de confidentialité et la transparence alignés avec l’augmentation des capacités.
Les retours des utilisateurs et des clients ont largement façonné cette évolution : les journaux (traités selon des règles strictes de confidentialité), les tickets de support et les programmes de partenariat ont mis en lumière les endroits où Claude comprenait mal des instructions, refusait trop ou produisait des réponses peu claires. Ces enseignements ont alimenté les données d’entraînement, les suites d’évaluation et la conception produit, guidant la trajectoire de Claude d’un assistant expérimental à une IA polyvalente prête pour la production, utilisée dans de nombreux secteurs.
Les modèles d’Anthropic sont passés du laboratoire de recherche aux systèmes en production relativement vite, portés par la demande d’organisations recherchant un fort raisonnement, des contrôles clairs et un comportement prévisible.
La base d’utilisateurs initiale s’est regroupée autour de quelques segments :
Ce mélange a aidé Anthropic à ajuster Claude pour des environnements soumis à des exigences de conformité élevées comme pour des équipes produits agiles.
Plusieurs collaborations publiques ont signalé le mouvement d’Anthropic vers l’infrastructure grand public :
Ces accords ont étendu la portée d’Anthropic bien au‑delà des clients directs de l’API.
Anthropic a positionné son API comme une couche de raisonnement et d’assistance générale plutôt que comme un simple service chatbot. La documentation et les exemples ont mis l’accent sur :
Cela a rendu naturel l’intégration de Claude dans des produits existants, des applications internes et des pipelines de données plutôt que de le traiter comme une application‑destination séparée.
Plusieurs patterns se sont dégagés à travers les secteurs :
Ces usages combinent généralement les capacités linguistiques de Claude avec des données clients et la logique métier à l’intérieur des systèmes existants.
Les communications commerciales d’Anthropic ont fortement insisté sur la sécurité, la pilotabilité et la prévisibilité. Les documents marketing et techniques ont mis en avant :
Pour les clients sensibles au risque — institutions financières, organisations de santé, plateformes éducatives — cet accent était souvent aussi important que la capacité brute du modèle, et a façonné où et comment Claude était déployé en production.
Dès le début, Anthropic a considéré la gouvernance et la sécurité comme des contraintes de conception centrales plutôt que comme des considérations secondaires. Cela se voit dans la manière dont les modèles sont entraînés, évalués, publiés et surveillés au fil du temps.
Anthropic s’engage publiquement à un déploiement échelonné des modèles, guidé par des revues internes de sécurité et une Responsible Scaling Policy. Avant les sorties majeures, les équipes réalisent des évaluations approfondies des capacités potentiellement dangereuses comme le mauvais usage cybernétique, la persuasion ou l’assistance liée à des menaces biologiques, et utilisent ces résultats pour décider de livrer, restreindre ou renforcer un modèle.
Le red‑teaming est un ingrédient central. Des spécialistes et des expert·e·s externes sont sollicités pour sonder les modèles à la recherche de modes de défaillance, mesurant à quel point ils peuvent être poussés à produire du contenu ou des instructions nuisibles. Les résultats alimentent le fine‑tuning de sécurité, les garde‑fous produit et les politiques mises à jour.
Les revues de sécurité ne s’arrêtent pas au lancement. Anthropic suit les signalements d’usage abusif, surveille la dérive comportementale entre les mises à jour, et utilise les retours clients et les rapports d’incident pour affiner les configurations de modèle, les contrôles d’accès et les paramètres par défaut.
La Constitutional AI est la méthode de sécurité la plus distinctive d’Anthropic. Plutôt que de dépendre uniquement de labelleur·euse·s humains pour déterminer ce qui est acceptable, les modèles sont entraînés à critiquer et réviser leurs propres réponses selon une « constitution » écrite de normes.
Ces principes s’inspirent de sources publiques comme des documents sur les droits humains et des lignes directrices éthiques de l’IA largement acceptées. L’objectif est de construire des modèles capables d’expliquer pourquoi une réponse est inappropriée et de l’ajuster, plutôt que de simplement bloquer du contenu via des filtres durs.
Constitutional AI opérationnalise donc la mission d’Anthropic : aligner des systèmes puissants sur des principes clairs et connaissables, et rendre cette procédure d’alignement suffisamment transparente pour qu’elle soit examinée de l’extérieur.
La gouvernance d’Anthropic n’est pas purement interne. L’entreprise a participé à des engagements de sécurité avec des gouvernements et des pairs, contribué à des benchmarks et évaluations techniques, et soutenu le développement de normes partagées pour les modèles de pointe.
Les archives publiques montrent un engagement avec les décideurs par des auditions, des rôles consultatifs et des consultations, ainsi que des collaborations avec des organisations d’évaluation et des organismes de normalisation sur des tests des capacités dangereuses et la qualité d’alignement.
Ces canaux externes poursuivent deux objectifs : exposer les pratiques d’Anthropic à la critique extérieure et traduire la recherche sur la sécurité, les évaluations et les méthodes d’alignement en règles, normes et bonnes pratiques pour les systèmes d’IA avancés.
Ainsi, les pratiques de gouvernance, le red‑teaming et des méthodes structurées comme la Constitutional AI reflètent directement la mission originelle de l’entreprise : construire des systèmes d’IA capables tout en réduisant systématiquement les risques et en augmentant la responsabilité à mesure que les capacités progressent.
Anthropic se situe aux côtés d’OpenAI, DeepMind, Google et Meta comme l’un des principaux labs de pointe, mais elle s’est taillé une identité distincte en mettant au premier plan la sécurité et l’interprétabilité comme problèmes de recherche centraux plutôt que comme contraintes secondaires.
Dès ses premiers articles, Anthropic s’est concentrée sur des questions que d’autres laboratoires traitaient souvent comme secondaires : l’alignement, les modes de défaillance et les risques liés à la mise à l’échelle. Les travaux sur la Constitutional AI, les méthodologies de red‑teaming et l’interprétabilité ont été largement lus par des chercheur·e·s qui construisent et évaluent de grands modèles, y compris dans des organisations concurrentes.
En publiant des travaux techniques dans des conférences majeures et sur des serveurs de prépublication, les chercheur·e·s d’Anthropic contribuent au même pool partagé de méthodes et de benchmarks qui impulsent le progrès entre labs — tout en reliant systématiquement les résultats de performance à des questions de contrôlabilité et de fiabilité.
Anthropic a pris un rôle particulièrement visible dans les discussions publiques sur la sécurité de l’IA. Les dirigeant·e·s et chercheur·e·s de l’entreprise ont :
Dans ces fora, Anthropic plaide souvent pour des normes de sécurité concrètes et testables, des évaluations indépendantes et un déploiement progressif des systèmes les plus capables.
Anthropic participe à des benchmarks et efforts d’évaluation partagés pour les grands modèles, en particulier ceux qui testent les capacités nuisibles, le potentiel d’usage abusif ou le comportement trompeur.
Les chercheur·e·s d’Anthropic publient régulièrement, présentent dans des ateliers et collaborent avec le monde académique sur des sujets comme l’interprétabilité, le comportement à l’échelle et l’apprentissage de préférences. Ils ont publié des jeux de données sélectionnés, des articles et des outils permettant à des chercheur·e·s externes de sonder le comportement des modèles et des techniques d’alignement.
Bien qu’Anthropic ne soit pas un laboratoire open‑source au sens de la diffusion gratuite de ses plus grands modèles, son travail a influencé les communautés open‑source : des techniques comme la Constitutional AI et certaines pratiques d’évaluation ont été adaptées dans des projets open visant à rendre les modèles plus petits plus sûrs.
La trajectoire d’Anthropic reflète un changement plus large dans la manière dont les modèles puissants sont développés et gouvernés. La recherche sur les grands modèles dominée d’abord par les gains de capacité brute a progressivement recentré les préoccupations sur l’usage abusif, le risque systémique et l’alignement à long terme.
En s’organisant explicitement autour de la sécurité, en investissant dans l’interprétabilité à grande échelle et en s’engageant auprès des gouvernements sur la supervision des modèles de pointe, Anthropic a à la fois répondu à et accéléré ce déplacement. Son histoire illustre comment la recherche de pointe en capacités et le travail rigoureux sur la sécurité deviennent des attentes conjointes pour tout laboratoire opérant à la frontière de l’IA.
L’histoire d’Anthropic met en lumière une tension centrale dans l’IA : un travail de sécurité significatif dépend souvent de la progression des capacités, et chaque avancée soulève de nouvelles questions de sécurité. L’histoire de l’entreprise est, à bien des égards, une expérience publique de gestion de cette tension.
Anthropic a été lancée par des chercheur·e·s inquiets que des systèmes d’IA à usage général puissent devenir difficiles à diriger de façon fiable à mesure qu’ils gagnent en capacités. Cette inquiétude a façonné les priorités initiales : recherche en interprétabilité, méthodes d’alignement comme la Constitutional AI, et pratiques de déploiement prudentes.
À mesure que les modèles Claude sont devenus plus capables et commercialement pertinents, les motivations d’origine restent visibles mais opèrent aujourd’hui sous des pressions du monde réel plus fortes : besoins des clients, concurrence et montée en échelle rapide des modèles. La trajectoire de l’entreprise montre une tentative de maintenir la recherche sur la sécurité et le développement produit étroitement couplés plutôt que de traiter la sécurité comme une piste séparée et plus lente.
Les documents publics mettent en avant plusieurs objectifs récurrents à long terme :
L’accent n’est pas seulement mis sur la prévention d’échecs catastrophiques, mais sur la création d’une technologie que différentes institutions pourront guider de manière fiable, même à l’approche d’impacts potentiellement transformateurs.
Des incertitudes importantes demeurent — pour Anthropic comme pour l’ensemble du domaine :
Comprendre l’histoire d’Anthropic aide à replacer son travail actuel dans son contexte. Les choix relatifs aux sorties de modèles, aux rapports de sécurité, à la collaboration avec des évaluateurs externes et à la participation aux débats politiques ne sont pas des décisions isolées ; ils découlent de préoccupations fondatrices sur le contrôle, la fiabilité et l’impact à long terme.
Alors qu’Anthropic poursuit des modèles Claude plus capables et des intégrations réelles plus larges, son passé offre une lentille utile : progrès et précaution sont recherchés conjointement, et le degré de réussite de cet équilibre déterminera à la fois l’avenir de l’entreprise et la trajectoire générale du développement de l’IA.
Anthropic est une entreprise de recherche et de produits en IA axée sur la construction de grands modèles de langage, principalement connue pour la famille Claude. Elle se situe à l’intersection de :
Dès sa création, Anthropic a traité la sécurité et l’alignement comme des problèmes de recherche centraux plutôt que comme des éléments accessoires, et cette orientation façonne son travail technique, ses produits et ses pratiques de gouvernance.
Anthropic a été fondée en 2021 par Dario et Daniela Amodei, avec des collègues issus de labs comme OpenAI, Google Brain et DeepMind. L’équipe fondatrice avait une expérience pratique de l’entraînement et du déploiement des premiers grands modèles de langage et avait constaté à la fois leur potentiel et leurs risques.
Ils ont lancé Anthropic parce qu’ils étaient inquiets que :
Anthropic a été conçue comme une organisation où la sécurité et le bénéfice sociétal à long terme seraient des contraintes de conception prioritaires, et non des après‑pensées.
Anthropic résume ses objectifs comportementaux pour l’IA en trois cibles :
Ces valeurs sont traitées comme des objectifs d’ingénierie : elles guident les données d’entraînement, les métriques d’évaluation, les politiques de sécurité et les décisions de déploiement pour des modèles comme Claude.
La Constitutional AI est la méthode d’Anthropic pour orienter le comportement des modèles en s’appuyant sur un ensemble écrit de principes plutôt que de se reposer uniquement sur des évaluations humaines.
En pratique, Anthropic :
L’agenda technique d’Anthropic a combiné dès le départ capacité et sécurité. Les directions précoces incluaient :
Anthropic a levé d’importantes sommes et noué des partenariats stratégiques pour soutenir la recherche à l’échelle frontalière :
Ce capital a surtout servi à financer le calcul pour entraîner les modèles Claude, les outils et évaluations pour la recherche sur la sécurité, et l’expansion d’équipes pluridisciplinaires en recherche, ingénierie et politique.
Claude a évolué au travers de plusieurs générations majeures :
Anthropic se distingue de nombreux autres labs de pointe par la place centrale qu’elle donne à la sécurité et à la gouvernance :
Claude est utilisé dans divers types d’organisations et de produits, généralement comme une couche de raisonnement général plutôt que comme un simple chatbot. Les usages courants incluent :
L’histoire d’Anthropic illustre plusieurs leçons générales sur l’IA de pointe :
Cette approche vise à :
Ces axes étaient étroitement intégrés au développement de Claude, plutôt que séparés du travail produit.
À chaque étape, les gains de capacité ont été accompagnés d’un renforcement de la formation à la sécurité, des évaluations et du comportement de refus.
En même temps, l’entreprise concurrence sur le terrain des capacités, et son identité consiste à tenter de maintenir étroitement couplés progrès et sécurité.
Ces déploiements s’appuient souvent sur la longue fenêtre de contexte de Claude, sa capacité d’utiliser des outils et ses garde‑fous de sécurité pour s’intégrer aux workflows et aux régimes de conformité existants.
Comprendre la trajectoire d’Anthropic aide à éclairer les débats actuels sur l’équilibre entre progrès rapide de l’IA et impact sociétal à long terme.